L'alimentation du yogi

 

Les rishis de l'Inde antique ont fixé avec précision les règles de la diététique yogique et déterminé quels aliments le yogi doit choisir pour rester jeune et sain, mais les différences de climat, de mode de vie, d'aliments disponibles, sont telles qu'il est impossible en Occident de suivre leurs préceptes à la lettre. Comme le yoga sans la diététique n'apporte pas tous les bénéfices que l'adepte doit en attendre voici quelques principes nutritionnels à adopter selon André Van Lysebeth.

 

 

Vous êtes ce que vous mangez

Passons d'abord en revue nos principales erreurs alimentaires et à ce sujet, écoutons le Dr W. Kollath, spécialiste allemand en la matière, qui affirme : « Si l'on excepte les maladies provenant de causes accidentelles, d'empoisonnements (plomb, arsenic, etc.), de micro-organismes extrêmement virulents, de malformations congénitales, la majorité des maladies connues trouve son origine directe ou indirecte dans une alimentation incorrecte. » Vu l'alimentation conventionnelle aujourd’hui, il est même étonnant qu'elles ne soient pas plus nombreuses ! Un nombre croissant de personnes s'en rend compte, mais ce n'est, malgré tout, qu'une minorité. Croire cependant que la réforme alimentaire se limite aux… aliments est une erreur : c'est l'ensemble des habitudes alimentaires qu'il faut réviser. Voici nos principales erreurs alimentaires. Nous ingurgitons :

 

1 – trop vite,

2 – trop chaud ou trop froid,

3 – en trop grande quantité,

4 – des aliments dénaturés,

5 – une nourriture trop riche et carencée à la fois.

 

Il faut remédier d'abord aux erreurs 1, 2 et 3, sinon la plupart des avantages d'une nourriture correcte sont perdus, tandis qu'en les évitant, même si votre régime est discutable, vous en limiterez les inconvénients. Ce qui importe, c'est ce que vous assimilez et non ce que vous avalez.

 

 

Bien mastiquer

 

Bien sûr, nous savons qu'il faut mastiquer les aliments à fond. Des aliments insuffisamment mastiqués qui n'ont pas subi la prédigestion buccale deviennent un lest dans l'estomac et l'intestin.

 

Les yogis mastiquent leur nourriture avec une patience de ruminant pour en extraire tout le goût, jusqu'à ce qu'elle se liquéfie en bouche et la triturent voluptueusement avec la langue, organe principal d'absorption d'énergie prânique, après la muqueuse du nez.

 

Il faut mâcher, triturer, malaxer chaque bouchée, la tenir en bouche le plus longtemps possible, jusqu'à ce qu'elle passe d'elle-même dans l'œsophage. Ne comptez pas vos mastications ! Laissez agir la salive sur les aliments, concentrez toute votre attention sur l'acte de manger, sur les modifications de goût qui se produisent et vous découvrirez la véritable saveur des aliments, l'objectif est de manger en pleine conscience.

 

Pourquoi bien mastiquer

 

La digestion accapare environ 60 % de l'énergie nerveuse disponible ; en facilitant le travail si complexe du tube digestif, vous libérez des réserves d'énergie pour d'autres tâches, tandis qu'en mastiquant trop peu vos aliments, ils deviennent indigestes, causent des troubles digestifs et vous subirez les conséquences d'un métabolisme anormal : dyspepsie, obésité ou, au contraire, maigreur excessive.

 

Longuement mastiqués, « conditionnés », les aliments arrivent à l'estomac à la température idéale et vous éliminez les erreurs n° 2 et n° 3, car ceux qui mangent trop vite mangent trop. Or, tout excès de nourriture – même la meilleure – est nuisible. Dès le premier essai de mastication rationnelle, vous en éprouverez les bienfaits : une digestion facilitée !

 

Comment bien mastiquer

 

Il est malaisé mais indispensable de modifier son rythme de mastication. Utilisez l'astuce suivante : déposez la cuillère, la fourchette ou le pain, placez les mains sur vos genoux et mastiquez, si possible les yeux fermés pour mieux vous concentrer.

 

La première semaine est la plus pénible, mais peu après vous ne pourrez plus manger autrement. Il faut mâcher même les aliments liquides (potages, lait, etc.) y compris l'eau. Swami Satchidananda dit : « Il faut boire les solides et mâcher les liquides ! »

 

Toutefois, ne prolongez pas trop la mastication de la viande qui acquiert un goût infâme ; en outre c'est inutile, car elle se digère dans l'estomac par les sucs gastriques et non par la ptyaline de la salive comme c'est le cas pour les féculents notamment. Gardez donc celle-ci pour les céréales !

 

Résultats

 

Une preuve de l'efficacité de la méthode est donnée par les déjections : les selles sont bien moulées, molles, ont l'aspect de terre glaise humide et ne sont plus malodorantes ; la constipation s'élimine. Vous en connaissez les effets néfastes : les toxines produites par les bactéries de putréfaction passent dans le sang et empoisonnent tout l'organisme.

 

Carnivore ou végétarien ?

La diététique est une science ingrate car quel que soit le régime préconisé, il est impossible de rallier l'unanimité des suffrages ; aucun système n'est parfait ni valable universellement en toutes circonstances. En cette matière, tout est individuel et dépend du cas particulier.

 

En Inde, les yogis sont végétariens, lacto-céréaliens pour préciser, mais cela n'implique pas qu'un Occidental pratiquant une demi-heure par jour doive pour autant renoncer à la viande. Toutefois, il faut considérer la question en écartant tout préjugé et se demander :

 

- s'il est « indispensable » de manger de la viande ;

- si « oui » quelle quantité faut-il manger ?

- si « non », pourquoi et… par quoi la remplacer ?

 

Qu’est-ce que manger de la viande

 

Il est admis que les acides aminés sont indispensables, mais ils n'existent pas seulement dans la viande.

 

- La viande, c'est-à-dire le muscle, est un aliment univalent qui contient peu de vitamines et de sels minéraux ; son assimilation entame nos réserves de ces substances vitales dont notre alimentation est souvent peu pourvue, car l'industrialisation semble s'ingénier à les éliminer par raffinage, cuisson trop prolongée à de hautes températures, ou traitements « industriels » qui dévitalisent et déminéralisent les aliments.

 

- La viande renferme un excès de protéines (animales par définition), ce qui perturbe le métabolisme et entraîne la production de toxines (purines ou déchets uriques cause de rhumatismes).

 

- Les muscles des cadavres contiennent tous les déchets organiques de l'animal tué et notamment la xanthine, poison violent.

 

- La viande est un excitant : c'est ce qui la fait apprécier. Comme tous les excitants, après l'euphorie survient la phase dépressive et pour rétablir ce bien-être fallacieux on a recours à d'autres excitants (thé, café, tabac), ou à la substance « euphorique » par excellence, l'alcool. Consommation de viande, d'alcool, de tabac, de café, etc., vont de pair, car l'usage de l'un appelle le recours aux autres.

 

Dans sa forme naturelle, la viande est fade, insipide et ne devient consommable que cuite, grillée ou rôtie et toujours assaisonnée. Crue, elle ne devient mangeable que largement épicée, accompagnée de pickles, de sauces de tout genre qui contiennent des substances agressives pour l'organisme. Aucun animal carnivore sauvage ne mangerait de la viande salée ou poivrée.

 

- Viande, œufs, poisson ont une caractéristique commune : abandonnées à elles-mêmes, ces denrées se putréfient très vite. Le lait ne « pourrit » pas, il surit, ce qui est tout à fait différent : quant aux céréales, elles moisissent ou fermentent tout comme les fruits et les légumes. L'inconvénient majeur de la putréfaction provient non de l'altération du goût mais des toxines fort nocives produites par les bacilles putrides. Or, ces bacilles de putréfaction sont nos pires ennemis. Ils colonisent le gros intestin par milliards, y profilèrent, modifient la flore bactérienne originale qui devrait comprendre en majorité des bacilles de fermentation, capables d'attaquer la cellulose et qui ne sécrète pas de toxines. Lorsqu'une putréfaction s'installe dans le gros intestin, les toxines, produites en abondance, filtrent à travers la membrane intestinale et vont empoisonner, lentement mais sûrement, tout l'organisme ; elles deviennent la cause directe d'innombrables altérations organiques en affaiblissant le terrain et créent les conditions favorables à l'éclosion de la maladie. Les selles normales devraient être presque inodores. La digestion de la viande entraîne un déficit en matières fécales dans l'intestin, ce qui perturbe le péristaltisme normal. Le végétarien qui s'écarte de son régime durant quelques jours connaît aussitôt un changement de couleur et d'odeur ainsi qu'une difficulté d'évacuation intestinale.

 

Adaptez votre régime

Pour améliorer votre régime sans révolutionner vos habitudes alimentaires, procédez par substitutions successives : sans être parfait, votre régime sera déjà très supérieur à l'alimentation conventionnelle. Voici quelques substitutions faciles à instaurer :

 

Pain complet au lieu de pain blanc

 

Le pain blanc offre, sous sa croûte dorée, une mie appétissante et tendre, qui – hélas ! – n'est plus guère que de l'amidon. Remplacez-le par un pain de qualité, à base de céréales complètes. L'aspect moins engageant de celui-ci rappelle peut-être les privations du temps de guerre : ce pain constitue cependant un aliment de haute valeur diététique qui seul mérite le nom de « pain ». Préférez le pain complet au levain. Bien vite, vous y prendrez goût et le pain blanc vous semblera aussi insipide que de la ouate. Vous vous régalerez avec du pain complet sans avoir envie d'y mettre de la confiture, etc. Le pain digne de ce nom se suffit à lui-même. Il requiert une mastication poussée qui le rend très digeste et révèle son goût délicieux.

 

Supprimez le sucre blanc industriel

 

Le sucre blanc industriel est un produit chimique pur : moins vous en prendrez, mieux cela vaudra. Notre corps fabriquant son propre sucre à partir des céréales, il n'a besoin d'aucun apport extérieur.

 

Pour ne point bousculer vos habitudes, remplacez le sucre blanc ordinaire par du sucre de canne non raffiné sous forme de cassonade brune.

 

Préférez les huiles anticholestérol

 

Réduisez l'apport des lipides en général, mais surtout soyez draconiens envers les graisses hydrogénées, riches en acides gras saturés, donc pratiquement toutes les graisses solidifiées (margarines ordinaires, graisse de coco, etc.) et les graisses animales ! Utilisez les huiles de première pression à froid de tournesol, de soja, de germe de blé ou de maïs, qui font baisser le taux de cholestérol sanguin, et vous préservent de l'artériosclérose. Toute huile transformée industriellement pour la solidifier a perdu de ce fait la totalité de ses acides gras non saturés, proches parents des vitamines.

 

Moins de pommes de terre, plus de riz

 

L'humble pomme de terre a ses vertus ; nous n'allons pas l'accabler. Riche en sels minéraux, en vitamine C, elle a des propriétés de base fort utiles, vu la nourriture trop génératrice d'acides du sédentaire, mais cela ne justifie pas qu'on lui attribue la place d'honneur dans nos menus. Il est préférable de n'en consommer qu'occasionnellement, disons une ou deux fois par semaine, pour la remplacer par du riz, complet bien entendu, non par le riz glacé ordinaire. Les gourmets de votre entourage ne s'en plaindront pas, car il se prépare de mille façons, plus savoureuses les unes que les autres. Cet aliment de haute valeur diététique mérite une large place dans votre régime.

 

À propos de pommes de terre, cuisez-les en « robe des champs », pelez-les ensuite, sinon vous jetez à l'évier leurs sels minéraux solubles.

 

Préférez les fruits du pays et de saison

 

Les fruits de notre sol sont en équilibre biologique avec nous. Mangeons-les en saison, lorsqu'ils ont mûri naturellement sur l'arbre. Ne refusons pas a priori tous les fruits exotiques, mais limitons-en la consommation. Préférons, dans ce cas, les oranges ayant mûri au soleil plutôt que dans la cale du navire, ce qui est pratiquement toujours le cas des bananes, dont il vaut mieux se passer. Mangez aussi des noix, des amandes, des noisettes et en saison des marrons bien chauds et croustillants.

 

Conseil

Horace Fletcher, diététicien américain, rappelle de ne manger que lorsque nous avons vraiment faim et non parce que « c'est l'heure ». Lorsque la vraie faim s'installe (ne pas confondre « faim » et « appétit », qui n'est qu'un désir de manger), les plats les plus simples deviennent succulents, le goût s'affine tandis que les mets compliqués perdent de leur attrait. Fletcher dit aussi : « Cessez de manger aux premiers signes de rassasiement, n'allez pas jusqu'à la réplétion. » Il nous conseille d'éloigner les soucis et d'écarter les discussions au moment des repas.

 

Règles à suivre

Si vous désirez, malgré tout, consommer de la viande, des œufs et du poisson, respectez au moins les règles suivantes, qui sont impératives :

 

- la viande est un élément d'appoint : ne dépassez pas 60 à 100 grammes (maximum !) par jour ;

- évitez la charcuterie, préférez le bifteck ;

- en consommant la viande très cuite, vous réduisez le nombre de bactéries de putréfaction dans l'intestin. Le « bouilli » est stérile à ce point de vue ;

- les œufs et le poisson doivent être très frais. Pour le poisson, ce n'est plus guère un problème grâce à l'accélération des transports et aux frigos ;

- si vos selles sont très malodorantes, indice d'une putréfaction intestinale intense, appelez à la rescousse les prébiotiques. Pour acidifier votre intestin, freiner la prolifération de bacilles putrides ;

- restez carnivore aussi longtemps que vous serez persuadé que la viande vous est indispensable. Il faut d'abord être végétarien en esprit avant de le devenir dans l'assiette.

 

 

 

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